Surexploitation des ressources naturelles, accumulation de déchets dans les écosystèmes. Face à ce double constat, les recommandations du sommet de la terre de Rio de 1992 invitent les pays industrialisés à adopter des modes de gestion rationnels et durables des milieux naturels qu’ils exploitent, à stabiliser voire réduire le volume des déchets qu’ils produisent et à se doter de programmes efficaces de valorisation.
Alors que la communauté scientifique, l’opinion publique et les responsables politiques prennent conscience de la gravité du problème de la gestion des déchets, de nombreux acteurs de la société civile et des pouvoirs publics se mobilisent pour y faire face :
des collectivités mettent en place des infrastructures de collecte et tri sélectif, des industriels modifient leur produits ou leurs méthodes de production (éco-conception, dématérialisation, symbioses industrielles) ou réduisent le volume de leurs emballages, pour participer à la réduction du volume des déchets « à la source », des producteurs agricoles, des éleveurs reviennent à des pratiques culturales naturelles (méthodes biologiques), où les déchets créés sont intégralement réintroduits dans le cycle productif, des consommateurs modifient leurs habitudes de consommation et de mise au rebut, des associations participent à la sensibilisation de tous sur la nécessité de mieux gérer les déchets et de respecter notre environnement naturel et humain, des designers, des artistes et des artisans développent des techniques et des savoir-faire originaux pour réemployer les déchets divers produits par la société dans laquelle ils évoluent.
La Débrouille Compagnie est une association loi de 1901 qui fédère des artistes et artisans, souvent originaires des quartiers populaires des métropoles, ayant pour point commun de faire preuve d’une créativité et d’une ingéniosité exceptionnelles pour créer, à partir des déchets, des produits utilitaires ou décoratifs, destinés à leur usage personnel ou à être vendus pour répondre à un besoin spécifique de leur marché. Ces initiatives originales émergent de manière endogène dans les quartiers populaires, notamment dans les pays peu industrialisés, où les métiers artisanaux sont toujours très pratiqués et qui renouvellent les savoir-faire ancestraux pour s’adapter aux modifications de l’environnement et de la société. L’objet de l’association est de multiplier les échanges et les transferts de savoir-faire permettant de réemployer utilement des déchets. Avec la réduction à la source, la récupération (collecte et tri), le réemploi, la réutilisation et le recyclage des déchets se présentent comme des initiatives positives pour une meilleure gestion des déchets.
A l’heure où la viabilité à long terme du modèle de développement des sociétés modernes est mise en cause, les modes intensifs et industriels de gestion des déchets et, en amont, d’utilisation des ressources doivent faire l’objet d’un examen au cas par cas. La rentabilité économique des solutions proposées ne doit plus systématiquement primer au détriment de l’utilité sociale et de la viabilité environnementale.
Ainsi, parmi les déchets techniques, la part des déchets non réutilisables doit être réduite et, à long terme, annulée. Quant aux produits techniques potentiellement réutilisables et aux produits organiques, il faut trouver les moyens de les réutiliser en boucle comme matières premières dans des systèmes de production et de consommation cycliques, à l’image des écosystèmes naturels.
Si cet objectif paraît utopique, c’est qu’il exige un saut cognitif et un changement de comportement profond de la part des parties prenantes (individus et organisations) des sociétés modernes. La sensibilisation et la responsabilisation de ces acteurs est un préalable à l’émergence de ces mutations culturelles. Dans ce travail de longue haleine, il est intéressant de faire connaître toutes les initiatives originales : on peut bien sûr s’inspirer des solutions élaborées par d’autres pays industrialisés (symbiose industrielle, éco-conception, dématérialisation, …), mais aussi de celles mises au point dans les pays dits « sous-développés » (recyclage artisanal, récupération, …).
Dans la classification actuelle des sociétés, le degré de développement industriel et technique est le critère déterminant. Celle-ci n’intègre pas la capacité des populations à vivre en harmonie avec leur environnement naturel et humain. Les « Pays les Moins Avancés » y font figure de cancres, les « Pays en Voie de Développement » d’élèves à encourager et les « Pays Développés » d’exemples à suivre. Cette terminologie hiérarchise implicitement les cultures et des modes de vie. Elle est symptomatique de l’attitude souvent condescendante des pays « développés », qui tend à faire ressembler la coopération internationale à un monologue Nord-Sud plutôt qu’à un véritable dialogue menant à enrichissement mutuel.
Notre démarche associative est basée sur la conviction que chaque culture porte en elle un grand nombre de connaissances, techniques et savoir-faire potentiellement utiles et transmissibles à d’autres cultures. Elle s’inscrit dans une « alter-mondialisation », qui privilégie l’écoute de toutes les parties prenantes de la société globale.
